Par Arnauld KASSOUIN

Les JO 2026, est un rendez-vous bien plus que sportif. En effet, « la concentration de la participation aux jeux d’hiver densifie aussi les problématiques » pense Vincent Pasquini, consultant. Ces dernières années, ils se sont révélés d’ailleurs comme un espace d’expression politique. Où des blocs géopolitiques se restructurent, où se réaffirment. Les appels au boycott lors de l’édition de Pékin 2022 (JOP) ou l’invasion Russe en Ukraine au lendemain des JOP illustre cet état de fait. Quatre ans plus tard, l’arène est restée la même, mais les enjeux, eux, n’ont jamais été aussi brûlants.
Les JO 2026 (Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina), sont avant tout un instrument de soft power. « C’est une vitrine pour séduire, convaincre et affirmer sa place sur l’échiquier mondial. » écrit Benjamin Quénelle dans les colonnes de Le Monde. A la suite de Benjamin Quénelle, Bruno Modica soutient que « cet événement sportif planétaire s’inscrit nécessairement dans la mondialisation, triomphante, mais également de plus en plus médiatisée ». Bien que l’édition des JO 2026 s’inscrivent dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, « depuis des siècles, les Jeux olympiques incarnent l’idée de paix ».
Communiqué de l’ambassade d’Ukraine au Nigéria
Les Jeux olympiques de 2026 dans l’ombre de la guerre
Depuis des siècles, les Jeux olympiques incarnent l’idée de paix. Dans la Grèce antique, berceau des Jeux olympiques, une « trêve sacrée » était proclamée pendant toute la durée des Jeux, mettant fin aux guerres et garantissant la sécurité des athlètes et des spectateurs. Il ne s’agissait pas seulement d’une tradition, mais d’une boussole morale pour le monde entier. Aujourd’hui, cependant, cette idée semble de plus en plus alarmante, voire naïve.
Les Jeux olympiques de 2026 se dérouleront dans un contexte de guerres persistantes, dont l’une, celle menée par la Russie contre l’Ukraine, démontre clairement comment le sport peut être transformé en un instrument de pression politique et de propagande. Les dernières décennies révèlent une tendance dangereuse : la Fédération de Russie a ignoré à plusieurs reprises les principes fondamentaux des Jeux olympiques et a utilisé la période des Jeux pour poursuivre ses propres objectifs géopolitiques.
- En 2008, la Russie a lancé sa guerre contre la Géorgie le jour même de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin.
- En 2014, les forces russes ont été redéployées sous prétexte de préparer les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi, mais l’occupation de la Crimée a commencé immédiatement après.
- En 2022, la Russie a lancé son invasion à grande échelle de l’Ukraine quelques jours seulement après la fin des Jeux olympiques d’hiver de Pékin.
Pour les Jeux olympiques de 2026 à Milan-Cortina, l’Italie a appelé à deux reprises à la cessation des hostilités : en octobre 2025 et début février 2026. Cependant, la Russie a répondu en intensifiant ses attaques de drones et de missiles contre les infrastructures civiles et énergétiques ukrainiennes.
Le sport comme prolongement de la politique de l’État
Il semble que pour la Russie, le sport n’ait jamais existé séparément de la politique. Depuis des décennies, les athlètes sont utilisés comme vecteurs du discours officiel ; aujourd’hui, ils servent de plus en plus souvent d’éléments de guerre de l’information et d’outils pour légitimer l’agression.
Les athlètes russes participent régulièrement à des événements soutenant le régime, la guerre contre l’Ukraine et l’occupation des territoires ukrainiens. Les clubs sportifs publient ouvertement des documents approuvant la soi-disant « opération militaire spéciale », expriment leur solidarité avec les troupes russes et mettent en avant les visites d’athlètes dans les territoires temporairement occupés, notamment Marioupol et la Crimée.
Dans cette réalité, la question n’est plus de savoir si le sport a fusionné avec la politique. La vraie question est de savoir si le monde est prêt à le reconnaître.
Les athlètes ukrainiens entre la ligne de départ et la sirène d’alerte aérienne
Pour l’Ukraine, le sport est devenu non seulement une compétition pour remporter des médailles, mais aussi un autre front dans la lutte pour la vérité.
De nombreux athlètes ukrainiens refusent de serrer la main des athlètes russes et biélorusses, ou de ceux liés aux régimes de Poutine ou Loukachenko. Commentant cette position, l’ambassadeur d’Ukraine au Nigeria, Ivan Kholostenko, a déclaré :
« Le coût de cette guerre pour le sport ukrainien n’est pas une métaphore, ce sont des statistiques brutales. L’agression à grande échelle de la Russie a déjà coûté la vie à plus de 650 athlètes et entraîneurs ukrainiens. Des centaines d’athlètes ne participeront plus jamais à des compétitions internationales. Ceux qui continuent à s’entraîner le font sous le bruit des sirènes d’alerte aérienne, craignant pour leur vie, leur famille et leur foyer. »
Les données disponibles montrent que les attaques russes ont détruit plus de 800 installations sportives, dont plus de 20 centres d’entraînement olympiques, paralympiques et deaflympiques. L’ambassadeur Kholostenko père souligne :
« Il n’y a aucune raison de lever les interdictions ou les restrictions imposées aux athlètes russes et biélorusses tant que la guerre d’agression menée par la Russie se poursuit. Aujourd’hui, l’Ukraine défend non seulement ses frontières, mais aussi les valeurs qui sous-tendent le sport mondial : l’égalité, la dignité et la tolérance zéro envers la discrimination et la violence. La participation d’athlètes russes et biélorusses qui soutiennent ou tolèrent tacitement la guerre est en contradiction directe avec ces principes. »
Plus qu’un simple sport
Les Jeux Olympiques ont pour but de rappeler au monde entier que l’humanité est capable de rivaliser sans recourir à la guerre.
Il semble désormais que l’enjeu ne se limite pas à l’admission des athlètes aux compétitions.
L’enjeu est bien plus important : le sport mondial restera-t-il un espace de valeurs ou acceptera-t-il de devenir une plateforme où la guerre change simplement de forme ?


