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Accueil » Blog » Macron au Kenya: Rupture affichée ou recomposition géopolitique
AfriqueDiplomatieMondePolitiqueRelations internationales

Macron au Kenya: Rupture affichée ou recomposition géopolitique

La fin du «pré carré» français en Afrique

Julien
By Julien Ajouter un commentaire Date de publication : mai 13, 2026
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14 Min Read
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Par Jean Sovon

Contents
Un sommet symboliqueFin de la Françafrique, discours ou réalitéUne transformation largement sous contrainteL’incident du microphoneMarginalisation de la société civileL’Afrique comme espace multipolaireL’IA, vraie question de souverainetéPerte de la centralité française en Afrique

Les 11 et 12 mai 2026, Emmanuel Macron co-préside à Nairobi le sommet «Africa Forward» avec le Président Kenyan William Ruto. Cette rencontre qui est présentée comme le tournant décisif d’une relation réinventée est une première, dans un pays anglophone, dans l’histoire des sommets franco-africain depuis 1973. Macron y proclame la fin du «pré carré» français en Afrique et annonce 23 milliards d’euros d’investissements. Mais derrière la rhétorique du partenariat équilibré, l’analyse croisée des faits, des réactions africaines et des dynamiques structurelles révèle une réalité plus complexe. C’est celle d’une recomposition géopolitique contrainte, où le discours de rupture volontaire peine à masquer un recul subi.

Un sommet symbolique

Le choix de Nairobi n’est pas anodin. En organisant pour la première fois un sommet France-Afrique dans un pays anglophone, Paris tente de signifier que son regard sur le continent dépasse désormais le seul prisme francophone. Mais ce signal géographique s’inscrit dans un contexte où la communication officielle ne dit pas tout. La France vient d’être chassée du Mali, du Burkina Faso et du Niger, trois pays où ses troupes militaires étaient déployées depuis des décennies. Le Sahel, autrefois le cœur de son influence stratégique, lui est désormais fermé. Ce n’est pas un choix ; c’est un fait accompli.

Officiellement, il s’agit d’un sommet économique tourné vers l’innovation et la croissance. Officieusement, plusieurs diplomates africains présents à Nairobi ont décrit la rencontre comme « une tentative française de reprendre pied sur un continent où son influence s’est brutalement érodée ». Cette double lecture, ambition affichée contre réalité saisie, est au cœur de ce que le sommet Africa Forward dit vraiment de la France en Afrique en 2026.

Le sommet a réuni une trentaine de chefs d’État africains, dont Bassirou Diomaye Faye (Sénégal), Alassane Ouattara (Côte d’Ivoire) et Félix Tshisekedi (RDC). L’absence des dirigeants sahéliens du Mali, du Burkina, et du Niger fut symbolique mais ne vida pas la salle.

Fin de la Françafrique, discours ou réalité

Au cœur du discours de Macron à l’université de Nairobi se trouve un message central : la fin du «pré carré» français. L’expression renvoie historiquement à la structure de la Françafrique. Ce système de relations postcoloniales dans lequel la France entretenait une influence privilégiée sur ses anciennes colonies. On peut noter les accords de défense, les bases militaires, le soutien à certains régimes, l’implantation dominante des entreprises françaises, etc…. Les travaux de l’IFRI et du CNRS ont largement documenté ce modèle comme une forme d’interdépendance asymétrique, dans laquelle la souveraineté formelle des États africains coexistait avec une forte dépendance structurelle.

Mais la proclamation de la mort de ce système ne suffit pas à l’enterrer. L’économiste togolais Kako Nubukpo, présent à Nairobi, le dit clairement : 

« Son agenda était de dépasser ce que j’appelle l’économie d’empire pour aller vers une économie d’entreprises, tournée vers les jeunes entrepreneurs, les diasporas et le numérique. Mais aujourd’hui, force est de constater que l’économie d’empire est toujours là, avec le franc CFA, l’importance des grands groupes comme Bolloré, Vinci ou Eiffage dans l’Afrique francophone.»

Les faits corroborent ce diagnostic. TotalEnergies et son PDG Patrick Pouyanné étaient présents à Nairobi. Le groupe CMA CGM a signé un engagement de 700 millions d’euros pour moderniser un terminal au port de Mombasa. Un accord franco-kényan dans le domaine du nucléaire civil a également été conclu en marge du sommet. Ces investissements s’inscrivent dans une logique de compétitivité économique légitime mais ils illustrent aussi la continuité des intérêts stratégiques français sur le continent, sous des formes renouvelées.

La réforme du franc CFA, la transparence sur les archives coloniales et le sort des bases militaires résiduelles constituent autant de tests immédiats de la sincérité du «nouveau départ» proclamé à Nairobi.

Une transformation largement sous contrainte

Si le discours présidentiel insiste sur une décision souveraine de retrait et de transformation, une analyse structurelle montre une réalité plus nuancée. Les travaux de la Banque mondiale et du Centre for African Studies de Cambridge soulignent une érosion progressive de l’influence économique française en Afrique depuis les années 2000 : perte de parts de marché au profit de la Chine, de la Turquie, de l’Inde et des pays du Golfe.

Dans ce contexte, la doctrine française du “partenariat sans domination” peut être lue de deux manières. D’un côté, elle traduit une volonté sincère de rupture avec des pratiques jugées obsolètes. De l’autre, elle est la mise en récit d’un retrait déjà largement imposé par les circonstances. Plusieurs analyses de Chatham House et de l’European Council on Foreign Relations interprètent d’ailleurs cette communication comme une stratégie de “rebranding diplomatique”. Il s’agit de la transformation d’un recul subi en modernisation assumée.

Avant même l’ouverture du sommet, Macron avait déclaré dans The Africa Report que le colonialisme ne pouvait plus être tenu responsable de tous les maux africains, appelant les dirigeants du continent à améliorer leur gouvernance. Une affirmation qui, dans sa formulation, a ravivé les critiques sur le paternalisme français et a fourni la toile de fond des tensions qui allaient éclater à Nairobi.

L’incident du microphone

Africa Forward 2026 restera aussi dans les mémoires pour une séquence qui a contredit, en quelques secondes, toute la rhétorique du partenariat équilibré. Lors d’une session consacrée à la culture et à la jeunesse à l’université de Nairobi, Emmanuel Macron s’est levé, est monté sur scène et a pris le microphone des mains d’une oratrice encore en plein discours. «Déjà ? Vous n’attendez pas votre tour ?», lui a-t-elle lancé, interdite, avant de lui céder la parole.

L’image, largement relayée sur les réseaux sociaux africains, a déclenché une vague de réactions. Miguna Miguna, avocat kényano-canadien suivi par 3,1 millions d’abonnés, a tranché :  «Les Africains n’ont pas besoin de la permission d’Emmanuel Macron pour parler en Afrique.»  La militante togolaise Farida Nabourema y a vu la confirmation d’un schéma : 

«Nicolas Sarkozy est entré dans une salle pleine d’étudiants universitaires à Dakar en 2007 et a déclaré que l’homme africain n’était pas encore entré dans l’histoire. Ce ne sont pas des moments isolés de mauvais jugement. C’est un schéma.»

Des groupes de société civile présents à Nairobi ont qualifié l’événement dans son ensemble de «réingénierie de l’impérialisme». Le Standard Media kenyan a estimé que cet incident avait «jeté une ombre inhabituelle sur le sommet.» L’ironie centrale que plusieurs observateurs ont relevée est saisissante : Macron s’était précisément rendu au Kenya pour incarner une France nouvelle, débarrassée de ses vieux réflexes postcoloniaux.

Marginalisation de la société civile

En marge du sommet proprement dit, des acteurs de la société civile africaine et française se sont réunis à l’université Strathmore de Nairobi pour «faire entendre leurs voix». Leur verdict sur le format a été sévère : «On se sent un peu mis à l’écart», ont-ils ironisé, selon France 24. L’accès au sommet avait été réservé en priorité aux acteurs économiques ; plusieurs chercheurs ont confié ne pas avoir obtenu d’accréditation.

La chercheuse Amandine Gnanguênon a mis le doigt sur une contradiction structurelle du format lui-même. Elle dit : 

«Cette problématique n’est pas limitée à la France, tout le monde veut son sommet avec l’Afrique : la Chine, la Russie, l’Inde, la Turquie… Mais il y a clairement un problème d’équilibre. Aujourd’hui, l’Afrique est extrêmement courtisée. Pourquoi les dirigeants africains n’organisent-ils pas eux-mêmes ce type d’événements selon leurs agendas ?»

Cette question dépasse le cadre franco-africain. Elle pointe vers une réalité plus profonde : les grands sommets bilatéraux qu’ils soient français, chinois, américains ou turcs reproduisent une asymétrie structurelle en mettant sur la même échelle un pays et tout un continent.

L’Afrique comme espace multipolaire

L’un des changements les plus profonds mis en évidence par le sommet de Nairobi est la montée en autonomie stratégique des États africains. Le continent ne s’organise plus autour d’une puissance centrale, mais autour d’un système de partenariats diversifiés. Le choix du Kenya pour accueillir Africa Forward illustre cette évolution : pays anglophone, économiquement dynamique, diplomatiquement ouvert à une pluralité d’alliances.

Le président kényan William Ruto incarne cette nouvelle posture africaine parfois qualifiée de diplomatie «multi-vectorielle». Elle consiste à coopérer simultanément avec plusieurs pôles de puissance pour maximiser les marges de manœuvre nationales sans dépendance exclusive. Mais le contexte kényan mérite une lecture plus complète : Ruto traverse une crise politique interne sévère (contestation populaire de 2024, procédures à la CPI) et son rapprochement avec Macron comporte aussi une dimension de légitimation internationale.

La Brookings Institution a qualifié cette transformation de rupture majeure : l’Afrique n’est plus un espace structuré par des logiques d’influence descendantes, mais un espace de négociation horizontale entre acteurs souverains. La Chine s’est imposée comme premier partenaire commercial du continent, notamment dans les infrastructures et l’énergie. Les États-Unis renforcent leur présence dans les secteurs technologiques. Face à cette compétition, la France tente de repositionner son offre sur des niches à forte valeur ajoutée : transition énergétique, intelligence artificielle, nucléaire civil.

L’IA, vraie question de souveraineté

L’IA figure explicitement dans les thèmes du sommet et dans les 23 milliards d’euros annoncés. C’est un signal important et un angle quasi absent de la plupart des analyses de Nairobi. Pourtant, il concentre la vraie question de souveraineté africaine pour les décennies à venir. Qui contrôlera les infrastructures numériques africaines ? Qui définira les modèles d’IA déployés sur le continent ? Qui détiendra les données ?

La France, via des acteurs comme Orange, tente de positionner ses entreprises sur ce terrain. La Chine, via Huawei et des partenaires locaux, est déjà profondément installée dans les réseaux télécoms et les systèmes de surveillance de plusieurs pays africains. Les États-Unis poussent leurs plateformes.

Dans ce contexte, le discours d’Africa Forward sur l’IA comme levier de «souveraineté africaine» mérite d’être interrogé : la souveraineté numérique ne se décrète pas dans un sommet ; elle se construit par des politiques publiques africaines autonomes, des régulations locales, et une capacité industrielle propre.

Les discussions d’Africa Forward ont abordé l’IA, les technologies numériques, l’économie bleue et la transition énergétique. Aucun mécanisme de gouvernance africaine de ces secteurs n’a été annoncé.

Perte de la centralité française en Afrique

L’annonce de la fin du «pré carré» français en Afrique ne correspond ni à une rupture totale ni à un simple changement rhétorique. Elle traduit un processus plus complexe de recomposition : recul relatif de l’influence française, montée en puissance des États africains comme acteurs autonomes, et intensification de la compétition globale entre puissances.

Trois dynamiques simultanées définissent ce moment. Un recul géopolitique réel : la France a perdu le Sahel et cherche à rebâtir depuis des positions de repli. Un rebranding narratif assumé : le discours de rupture volontaire vise à transformer ce recul en modernisation. Une Afrique en mouvement : les États africains ne subissent plus passivement les influences extérieures, ils les sélectionnent, les hiérarchisent et les instrumentalisent selon leurs propres intérêts.

La France ne quitte pas l’Afrique. Mais elle n’y occupe plus de position centrale. L’Afrique, elle, n’est plus un espace structuré autour d’une seule puissance tutélaire elle est un système ouvert de négociations permanentes entre acteurs multiples. C’est dans cet espace que les peuples africains, et non les sommets entre présidents, écriront les termes de leur avenir.

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