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Accueil » Blog » L’économie créative en Afrique: une aubaine pour l’UA et l’UE
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L’économie créative en Afrique: une aubaine pour l’UA et l’UE

L'Union européenne investit aux côtés de l'Union africaine pour créer plus d'emplois et donner une voix aux groupes sous-représentés.

Julien
By Julien Ajouter un commentaire Date de publication : janvier 20, 2026
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11 Min Read
En image, des passionnés de jeux-vidéo dans une salle à Abidjan ; capture d'écran de la chaîne YouTube de Canal+ Afrique
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Par Joel Hevi et Jean Sovon

Contents
Une scène créative africaine en plein essorL’investissement stratégique de l’UELe rôle de l’Union africaine dans la croissance économiqueLe Fonds africain du cinémaAlignement avec la ZLECAFEmplois et croissance économiqueCulture et inclusionDéfis et perspectives d’avenir

En Afrique, l’économie créative est en pleine croissance. Ce secteur d’activités se place au carrefour des arts et de la technologie et englobent l’édition, la musique, les arts visuels, le cinéma, la télévision, l’animation, les jeux vidéo, et les nouveaux médias.

La progression de ce secteur permet de redéfinir les perceptions de l’Afrique comme un continent d’innovation et de progrès technologique et de visibilité culturelle. Ces efforts sont appuyés par l’Union africaine (UA) et attirent l’attention d’acteurs mondiaux comme l’Union Européenne. En effet l’économie créative n’est pas un simple moteur de croissance économique, elle favorise également les échanges interculturels et modifie le discours extérieur sur l’Afrique.

Une scène créative africaine en plein essor

Les industries créatives africaines sont présentes dans plusieurs domaines: la musique avec des musiciens tels que Wizkid et Burna Boy qui redéfinissent la scène musicale pop mondiale, avec le rythme d’afrobeats, diffusés plus de treize milliards de fois sur Spotify en 2022. Le cinéma est tout aussi dynamique, avec Nollywood, le secteur cinématographique du Nigeria qui contribue jusqu’à 2,3 % de PIB du Nigeria.

D’autres industries comme celle du jeu vidéo connaissent une croissance sans précédent, devant générer plus d’un milliard de dollars en 2024, principalement grâce aux jeunes Africains qui sur des appareils mobiles.

Cependant, tous les secteurs créatifs en Afrique n’ont pas connu cette ascension fulgurante, particulièrement les industries du divertissement qui connaissent une croissance inégale en Afrique. Des secteurs comme le développement de jeux locaux , par exemple, n’ont pas encore réalisé leur plein potentiel en raison de barrières telles qu’un accès limité au financement et à l’infrastructure. D’où l’importance des partenariats internationaux.

L’investissement stratégique de l’UE

Reconnaissant le potentiel inexploité de l’économie créative en Afrique, l’UE  lance des initiatives ciblées pour soutenir ces industries. L’un des programmes clés est le Programme Culture ACP-UE, doté en 2021 d’un budget de 26 millions d’euros (plus 28 millions de dollars américains) visant à renforcer la compétitivité des industries culturelles et créatives (ICC) à travers les régions d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP). Le programme est organisé autour de pôles régionaux qui répondent à des besoins spécifiques dans chaque région, allant de la professionnalisation à la création de capacités et à l’accès au marché.

Par exemple, en Afrique de l’Ouest, le Programme AWA vise à améliorer la compétitivité des ICC tout au long de la chaîne de valeur — création, production et distribution. Des programmes similaires sont en place pour d’autres régions, comme Créer en Afrique Centrale en Afrique Centrale, Ignite Culture en Afrique de l’Est, Sounds Connect en Afrique Australe et Creative Caribbean dans les Caraïbes. Ces programmes fournissent un financement crucial, soutiennent le développement de contenus locaux et renforcent les capacités des jeunes créatifs.

L’intérêt de l’Union européenne pour l’économie créative en l’Afrique reflète un engagement plus profond et à long terme en faveur de partenariats plus significatifs avec le continent. Dans le cadre de l’initiative Global Gateway, environ 150 milliards d’euros (plus de 165 milliards de dollars américains) sera investit par l’UE en Afrique entre 2021 et 2027, dans des domaines cibles: la connectivité mondiale à travers les infrastructures, la numérisation, l’énergie et les transports.

Le rôle de l’Union africaine dans la croissance économique

L’Union africaine joue également un rôle essentiel dans le développement de l’économie créative de l’Afrique. L’Agenda 2063 de l’UA et le Plan d’Action sur les Industries Culturelles et Créatives en Afrique décrivent un cadre clair pour tirer parti des actifs créatifs du continent. Ces plans préconisent la protection et la promotion du riche patrimoine africain tout en garantissant son utilisation durable et équitable. L’accent mis par l’UA sur les industries créatives fait partie d’une stratégie plus large visant à exploiter la culture comme moteur de croissance économique, de création d’emplois et de cohésion sociale.

Une des étapes les plus significatives dans cette direction a été le lancement officiel de la Commission Africaine de l’Audiovisuel et du Cinéma (CAAC) en 2016. La CAAC a pour mission de promouvoir les films africains, à favoriser la production de contenu local et à établir des modèles financiers durables pour soutenir ces industries. Cette démarche de l’UA représente un engagement à veiller à ce que les récits africains soient produits, financés et distribués par des entités africaines.

Le Fonds africain du cinéma

Afreximbank, la banque africaine d’import-export et institution panafricaine de financement du commerce, s’est imposée comme un acteur clé dans le soutien aux industries créatives de l’Afrique. À ce jour, la banque a investi 600 millions de dollars dans des secteurs du film et de la musique. S’appuyant sur cette base, Afreximbank s’apprête à lancer un Fonds africain du film de 1 milliard de dollars en 2024. Ce fonds cofinancera des projets cinématographiques en collaboration avec de grands studios et soutiendra directement les cinéastes, producteurs et réalisateurs africains. Ce fonds va réduire la dépendance du continent à l’égard des capitaux étrangers, favoriser les talents locaux et promouvoir les films africains à l’échelle mondiale.

Alignement avec la ZLECAF

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), lancée en 2021, joue un rôle clé dans la facilitation de la croissance des industries créatives en Afrique. Avec un marché regroupant 1,3 milliard de personnes et un PIB dépassant 3 000 milliards de dollars, la ZLECAF est une plateforme essentielle pour l’intégration régionale. L’accord ne se limite pas à la réduction des tarifs douaniers, mais aborde également les droits de propriété intellectuelle, un domaine crucial pour les industries créatives.

La deuxième phase de la mise en œuvre de la ZLECAF devrait avoir un impact plus significatif sur les secteurs du film et de l’audiovisuel en luttant contre le piratage et en renforçant les protections de la propriété intellectuelle. Cela augmentera la valeur des œuvres créatives africaines et améliorera l’accès au marché, tant au niveau régional qu’international. De plus, la ZLECAF renforcera l’infrastructure numérique de l’Afrique grâce à l’harmonisation des réglementations numériques entre les pays, aboutissant à des systèmes plus robustes qui soutiennent les industries créatives numérique.

Emplois et croissance économique

L’une des principales motivations derrière les investissements de l’UE et de l’UA dans l’économie créative de l’Afrique est le potentiel de création d’emplois. D’ici 2030, les jeunes Africains représenteront 42 % de la population mondiale de la jeunesse. Les industries créatives, qui offrent déjà d’importantes opportunités d’emplois à travers le continent, ont le potentiel de jouer un rôle encore plus grand dans la lutte contre la crise croissante du chômage des jeunes en Afrique.

Des initiatives comme le plan d’investissement de 100 millions de dollars de la Zambie pour transformer son industrie cinématographique entre 2024 et 2028, ainsi que la collaboration entre la Société financière internationale (IFC) et Sony pour investir dans les secteurs créatifs de l’Afrique, préparent le terrain pour une création d’emplois significative. Ces investissements visent au delà d’une simple amélioration des chiffres économiques. Ils sont conçus pour favoriser un développement durable et autonomiser les groupes marginalisés, y compris les femmes et les jeunes, à travers des opportunités de croissance inclusives.

Culture et inclusion

L’implication de l’UA et de l’UE font également partie d’une initiative plus large pour l’échange culturel et l’inclusion. Les créatifs africains  redéfinissent activement le récit du continent, s’éloignant des représentations obsolètes de pauvreté, de conflit et de sous-développement. Au lieu de cela, ils mettent en avant la créativité,  l’innovation et le talent de l’Afrique.

Des événements comme Africa-Europe Creatives Connect, organisés par la délégation de l’UE  auprès de l’Union Africaine à Addis-Abeba, illustrent les efforts pour combler les écarts culturels et favorisent la compréhension mutuelle. Ces événements offrent des plateformes aux  créatifs africains et européens pour partager leurs histoires, collaborer sur des projets et présenter leur travail, renforçant ainsi les liens interculturels.

Défis et perspectives d’avenir

Bien que l’économie créative en Afrique soit en plein essor, elle est confrontée à plusieurs défis. Les obstacles réglementaires, la faiblesse des protections de la propriété intellectuelle et des régimes fiscaux exigeants peuvent freiner la croissance. Les artistes et les créateurs réussissent souvent malgré ces défis, et non grâce au soutien des gouvernements locaux ou des organismes internationaux. Le succès d’artistes internationaux et d’entreprises créatives locales comme Kugali Media, qui collabore avec Disney sur la série animée Iwájú, met en lumière à la fois le potentiel et la nécessité d’un soutien plus structuré.

Le suivi de tous ces investissements permettra réellement d’autonomiser les artistes et les entrepreneurs  africains. Cela signifie garantir que ces voix créatives conservent la propriété et le contrôle  créatif sur leurs œuvres. L’accent doit être mis sur des partenariats équitables qui vont au-delà  des gains financiers pour assurer une croissance durable et inclusive.

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