Par la Rédaction
Dans les zones rurales du Togo, la cohabitation entre agriculteurs et éleveurs reste un enjeu majeur pour les communautés. Si la transhumance contribue à l’élevage, à la production alimentaire et aux revenus de nombreuses familles, la mobilité du bétail peut aussi être source de tensions lorsque les animaux pénètrent dans les exploitations agricoles ou lorsque les couloirs de passage ne sont pas respectés.
À Agou comme à Gamelili, ces réalités sont vécues au quotidien. Et parmi celles qui en subissent directement les conséquences figurent les femmes rurales, particulièrement les agricultrices et les maraîchères.
C’est dans ce contexte que l’Association Mains du Développement (AMD), en collaboration avec Soutien Aux Femmes Démunies (SAFD), met en œuvre le projet « L’Éveil des Médiatrices : Catalyser le leadership politique des femmes rurales pour une gestion inclusive des conflits agro-pastoraux au Togo ». L’initiative vise notamment à renforcer la participation des femmes dans les mécanismes locaux de prévention, de dialogue et de gestion des conflits agro-pastoraux.
Le dialogue au cœur de la rencontre
Le 27 août 2026, une séance d’information, de sensibilisation communautaire et de plaidoyer a réuni 36 participants à Gamelili autour du rôle du Comité Préfectoral de Transhumance (CPT). La rencontre a rassemblé des responsables communautaires, des agriculteurs, des éleveurs et des femmes rurales. Elle a permis de revenir sur les causes des tensions, mais aussi sur les mécanismes disponibles pour prévenir les conflits et régler les différends de manière pacifique.
La directrice de l’Association Mains du Développement, Mme Reine TEM, a notamment insisté sur la nécessité de renforcer la participation des agricultrices dans les cadres de dialogue et de prise de décision. L’enjeu est de faire entendre une parole souvent directement confrontée aux conséquences des conflits : celle des femmes qui cultivent, produisent et dépendent des récoltes pour leurs revenus et ceux de leurs ménages.
Au cours des échanges, les discussions ont quitté le seul terrain institutionnel pour faire place aux expériences vécues par les communautés. Mme Edoh Afi, agricultrice, a ainsi livré le témoignage de sa mère, dont un hectare de culture a été entièrement détruit par des bœufs appartenant à des éleveurs. Son témoignage met en évidence la difficulté qui peut surgir lorsqu’il faut évaluer et réparer les conséquences d’un dégât agricole.
« Un hectare de culture de ma mère a été entièrement détruit par des bœufs appartenant à des éleveurs. Malgré l’ampleur des dégâts, les éleveurs avaient proposé seulement 5 000 francs CFA comme indemnisation. Cette somme était largement insuffisante par rapport aux pertes subies. »
Le cas rapporté par Mme Edoh Afi illustre concrètement les conséquences économiques que peuvent entraîner les incursions du bétail dans les champs. Pour les familles agricoles, la destruction d’une parcelle peut représenter la perte d’une partie importante des revenus et des moyens de subsistance.
Son témoignage a ainsi permis de donner un visage concret à une problématique souvent abordée sous l’angle des mécanismes de règlement des conflits.
Face à cette parole issue du monde agricole, le point de vue des éleveurs a également été exprimé. M. Bari Amidou, éleveur, a attiré l’attention sur une autre dimension du problème : le respect des couloirs réservés au passage du bétail.
« Certaines destructions de cultures peuvent aussi être liées au non-respect des couloirs de passage. Lorsque ces passages réservés au bétail sont absents ou obstrués, les animaux peuvent être amenés à entrer dans les champs et provoquer des dégâts. »
La prévention des conflits ne concerne donc pas uniquement la réparation des dégâts après leur survenue. Elle suppose également de s’attaquer aux facteurs qui favorisent les incidents, notamment l’aménagement, la matérialisation et le respect des couloirs de passage.
Les deux témoignages montrent ainsi l’importance d’un dialogue dans lequel agriculteurs et éleveurs peuvent exposer leurs réalités et leurs préoccupations.
La rencontre a également permis aux participants de mieux comprendre le fonctionnement du Comité Préfectoral de Transhumance. Présenté comme un cadre local de concertation, de prévention et de gestion des conflits liés à la transhumance, le CPT intervient notamment dans la sensibilisation, la médiation entre agriculteurs et éleveurs, le constat et l’évaluation des dégâts ainsi que l’alerte en cas de situation grave.
Le consultant AMEGADZE Kokou a insisté sur la nécessité de privilégier le dialogue et le règlement à l’amiable afin d’éviter que les différends ne dégénèrent. En cas de dégâts dans un champ, les participants ont été invités à préserver les lieux, informer les autorités compétentes, faire constater et évaluer les dégâts, puis réunir les parties afin de rechercher une solution. Cette démarche vise notamment à éviter les actes de violence et les représailles.
Des femmes directement exposées aux conséquences des conflits
Les échanges de Gamelili ont aussi rappelé que les femmes ne sont pas seulement des bénéficiaires des mécanismes de prévention : elles sont directement concernées par leurs résultats.
Les agricultrices et les maraîchères peuvent subir les conséquences des dégâts causés aux cultures, avec des répercussions sur leurs revenus et ceux de leurs ménages. Les participantes ont donc appelé à une meilleure prise en compte de leurs préoccupations dans les mécanismes de prévention et de règlement des différends.
C’est l’un des enjeux portés par le projet « L’Éveil des Médiatrices ». En renforçant la présence des femmes dans les espaces de dialogue et de décision, l’initiative entend faire de leur expérience du terrain une ressource pour la prévention des conflits. À travers les témoignages entendus à Gamelili, cette nécessité apparaît de manière concrète : les femmes connaissent les conséquences des conflits parce qu’elles les vivent directement dans leurs activités agricoles et économiques.
Les causes des tensions sont multiples : pression sur les terres, raréfaction des ressources en eau et des espaces de pâturage, effets du changement climatique, divagation des animaux, dégâts aux cultures, non-respect des couloirs de passage ou encore manque de communication entre les acteurs.
Face à cette situation, les participants ont recommandé de renforcer la sensibilisation sur la transhumance, de mieux faire connaître le rôle du CPT et de favoriser le dialogue entre agriculteurs, éleveurs, autorités et leaders communautaires. Ils ont également insisté sur le respect des couloirs de passage, le règlement à l’amiable des différends et la nécessité d’éviter les violences et les représailles.
D’autres recommandations concernent l’aménagement et la matérialisation des couloirs de passage du bétail, la protection des champs à travers des clôtures adaptées et la création d’espaces agricoles sécurisés.
À Agou et à Gamelili, les échanges montrent que la prévention des conflits agro-pastoraux ne peut se limiter aux mécanismes administratifs ou aux interventions après les dégâts. Elle passe aussi par la capacité des communautés à dialoguer, à comprendre les réalités de l’autre et à rechercher des solutions avant que les tensions ne dégénèrent.
Les témoignages entendus à Gamelili l’illustrent clairement. D’un côté, une agricultrice rapporte la destruction d’une parcelle et l’insuffisance de l’indemnisation proposée. De l’autre, un éleveur souligne la nécessité de prendre en compte le respect des couloirs de passage. Deux paroles différentes, mais qui se retrouvent autour d’une même nécessité : celle d’un mécanisme de dialogue permettant aux acteurs de faire entendre leurs préoccupations et de rechercher des solutions.
Dans cette dynamique, la participation des femmes rurales apparaît comme un enjeu important. Les participantes ont souligné la nécessité de renforcer leur représentation dans les cadres locaux de concertation, de discussion et de prise de décision. Le projet « L’Éveil des Médiatrices » entend ainsi contribuer à faire émerger des femmes capables de jouer un rôle actif dans la prévention et la gestion des conflits agro-pastoraux.
À Gamelili, le message qui ressort des échanges est donc celui d’une prévention fondée sur le dialogue, la médiation et la responsabilité partagée. Une démarche dans laquelle les voix des agricultrices, des éleveurs et des leaders communautaires doivent pouvoir se rencontrer, afin que les conflits soient traités avant qu’ils ne deviennent des crises.
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