Par Ange Kossi
Le Grand Lomé renforce ses moyens dans la lutte contre les inondations. Le vendredi 9 octobre 2026, le ministre délégué chargé de l’Eau et de l’Assainissement, Sena Alipui, a assisté à la descente sous terre de Mawuse, la première machine de creusement du projet RAINE (Réseau d’Assainissement par Intercepteurs pour la Non-inondation de nos Espaces). Lancée en 2025, cette initiative vise à améliorer l’évacuation des eaux pluviales grâce à un réseau souterrain de grandes canalisations.
Baptisée Mawuse, qui signifie « Dieu a écouté » en langue éwé, la machine doit creuser progressivement un réseau d’environ 7,5 kilomètres destiné à acheminer les eaux de pluie vers la vallée du Zio. Piloté depuis la surface, le micro-tunnelier permet de poser les conduites au fur et à mesure de son avancée, sans ouvrir de tranchées sur les routes. Cette technique doit ainsi limiter les perturbations pour les riverains, préserver la circulation et permettre la poursuite des travaux même pendant la saison des pluies.
Pour le gouvernement, cette mise en service marque le passage des préparatifs à la réalisation concrète du projet. Le ministre Sena Alipui a souligné la portée de cette avancée en déclarant : « Nous sommes passés de la phase où on en parle, où on a reçu le matériel, à la phase où, maintenant, nous sommes en pleine exécution, pour pouvoir soulager la population. » Cette étape traduit la volonté des autorités de renforcer les infrastructures d’assainissement face aux inondations récurrentes qui affectent plusieurs quartiers de la capitale.

Le ministre a toutefois appelé à ne pas considérer cette avancée comme une résolution immédiate du problème. « Il y a un peu de temps pour dire que c’est fini pour les inondations », a-t-il reconnu, tout en soulignant l’importance des moyens techniques mobilisés. La stratégie gouvernementale repose également sur des mesures préventives, notamment la gestion des bassins de rétention et l’abaissement de leur niveau d’eau avant les fortes précipitations. « Nous sommes prêts dans la prévention. Nous ne sommes plus dans la réaction », a-t-il affirmé, résumant l’orientation donnée aux interventions contre les inondations.
Sur le terrain, les actions engagées commencent également à produire des effets dans certaines zones vulnérables. Le directeur de l’assainissement, M. Semeglo, évoque notamment les interventions réalisées à Avéïtamé, où le pompage et les aménagements ont contribué à améliorer la situation. Selon lui, « toutes ces actions réunies » ont permis de soulager les populations confrontées aux inondations. Il insiste néanmoins sur la nécessité de poursuivre les travaux, notamment l’aménagement et l’élargissement des bassins, afin d’améliorer la capacité de rétention des eaux et de faciliter leur évacuation lors des épisodes pluvieux.
Au-delà de l’infrastructure, le projet RAINE met également en avant la mobilisation des ressources et des compétences locales. Les tuyaux utilisés pour le réseau sont fabriqués en béton bas carbone dans l’usine d’Adétikopé, inaugurée en juin 2026. Cette production nationale doit contribuer à limiter les importations de matériaux tout en réduisant l’empreinte environnementale du chantier. Réalisé par PFO Construction Togo, filiale de PFO Africa, avec la participation de son partenaire spécialisé Bessac, le projet mobilise par ailleurs 210 emplois directs, selon le directeur de projet, Khoubaieb Amari.

À terme, les infrastructures devraient contribuer à protéger environ 230 000 habitants sur une superficie proche de 1 600 hectares. Les quartiers de Bè Kpota, Hédzranawoé, Tokoin Aviation ainsi que les abords de l’Assemblée nationale figurent parmi les zones concernées. Le dispositif s’inscrit dans une approche plus large de gestion des eaux pluviales, destinée à réduire les conséquences des fortes précipitations sur les habitations, les déplacements et les activités économiques. Deux campagnes de reboisement menées dans les communes du Golfe 1 et du Golfe 2 complètent également le volet environnemental du projet.
Avec la descente de Mawuse, le projet RAINE entre ainsi dans une phase opérationnelle déterminante pour l’assainissement du Grand Lomé. Les résultats dépendront désormais de la progression des travaux, de la mise en service effective du réseau et de la complémentarité des interventions sur les bassins de rétention. Si cette étape nourrit l’espoir d’une meilleure maîtrise des eaux pluviales, les autorités reconnaissent que la lutte contre les inondations exige des efforts continus et une mobilisation collective. L’enjeu est désormais de transformer cette avancée technique en une amélioration durable des conditions de vie des populations exposées.
Cliquez-ici pour nous rejoindre sur notre chaîne WhatsApp


