Par la Rédaction
Les risques auxquels font face les entreprises africaines ne sont plus ceux d’hier. L’essor de l’intelligence artificielle, les cybermenaces, les effets du changement climatique, les difficultés d’accès au financement ou encore les mutations économiques bouleversent profondément l’environnement entrepreneurial. Pour les femmes, qui doivent souvent composer avec des obstacles structurels supplémentaires, ces défis imposent une nouvelle manière de penser l’entreprise.
C’est autour de cette réalité que s’est ouverte, ce 31 juillet à Lomé, la deuxième édition du Salon International de l’Entrepreneuriat Féminin (SIEF). Durant deux jours, chercheurs, universitaires, institutions, entreprises privées et entrepreneures venues de plusieurs pays africains croisent leurs expériences autour d’un thème rarement exploré : « Les nouvelles figures du risque entrepreneurial dans le contexte africain ».
Le choix de cette thématique n’est pas anodin. Il traduit une volonté de dépasser les discours classiques sur l’autonomisation économique des femmes pour s’intéresser à leur capacité à anticiper un environnement devenu plus complexe.
Comprendre les nouveaux risques pour mieux entreprendre
Pour Dr Kayi Dogbe, présidente du Salon International de l’Entrepreneuriat Féminin et présidente fondatrice de la Fondation Citoyens d’Afrique, cette deuxième édition marque une évolution importante dans la réflexion menée autour de l’entrepreneuriat féminin. Selon elle, le risque est transversal, tout comme le genre.
« Le risque vit avec nous tous les jours et, avec ce que nous avons dans le monde, nous avons découvert qu’il y a de nouveaux risques qui sont apparus avec les mutations technologiques, industrielles et environnementales. Nous assistons à de nouvelles facettes du risque et c’est la raison pour laquelle nous avons trouvé intéressant de nous pencher sur cette thématique », a expliqué Dr Kayi Dogbé.
Selon elle, les profondes mutations technologiques, industrielles et environnementales ont fait émerger des risques inédits qui méritent désormais une véritable approche scientifique. L’ambition du colloque n’est donc pas uniquement d’alimenter les débats, mais également de produire des connaissances durables.
Les communications scientifiques présentées pendant cette rencontre feront l’objet d’une publication afin d’enrichir les travaux de recherche sur ces questions encore peu documentées. Une manière de faire dialoguer la recherche universitaire avec les réalités du terrain et les besoins des entrepreneures africaines.

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Passer de la réflexion à l’action
Mais le SIEF ne s’arrête pas aux échanges académiques. Les organisateurs ont souhaité faire de cette deuxième édition un véritable laboratoire d’apprentissage. Dès la seconde journée, l’Académie panafricaine de l’entrepreneur propose plusieurs ateliers pratiques consacrés à l’intelligence artificielle, à la gestion du temps, aux mécanismes de garantie des risques ainsi qu’aux outils de financement.
Des experts venus de plusieurs régions du continent, rejoints par des responsables d’institutions régionales comme l’UEMOA, partageront leurs expériences afin de permettre aux participantes de transformer les connaissances en solutions concrètes pour leurs entreprises.
Pour Nabou Fall, vice-président du Salon et entrepreneur depuis vingt ans, cette réflexion intervient à un moment charnière. Elle estime que nombre des difficultés rencontrées par les entrepreneurs auraient pu être mieux gérées si les risques avaient été identifiés plus tôt.
Financement, fiscalité, gestion des ressources humaines, évolution des marchés, impacts climatiques : autant de défis qui ne peuvent plus être abordés de manière isolée. Elle insiste notamment sur la nécessité de développer une véritable culture de l’anticipation.
Les travaux du colloque exploreront trois grandes problématiques : les risques liés à l’intelligence artificielle — notamment les risques cognitifs associés à son utilisation —, les conséquences du changement climatique sur les activités économiques et les nouveaux enjeux du financement des entreprises africaines.
Le numérique, entre opportunités et vulnérabilités
Partenaire de cette édition, YAS Togo voit dans cette thématique une occasion de sensibiliser les entrepreneures aux défis de la transformation numérique. Pour Reine Ali-Tiloh Tchakpélé, manager Sponsoring Événementiel et Visibilité de l’entreprise, les cyberrisques figurent désormais parmi les principales préoccupations des PME africaines.
L’accélération de la digitalisation crée de nouvelles opportunités de développement, mais expose également les entreprises à des menaces inédites.
« L’entrepreneuriat en Afrique a beaucoup de freins. Il est important d’identifier ces risques, de les analyser et de trouver des solutions pour accompagner les femmes qui soutiennent chaque jour leurs familles et leurs communautés », souligne-t-elle.
Pour l’opérateur télécom, accompagner les entrepreneures ne consiste plus seulement à fournir des services numériques. Il s’agit aussi de contribuer à leur montée en compétences face aux nouveaux usages du digital.
Comme lors de la première édition, le SIEF mettra également à l’honneur les parcours les plus inspirants de l’entrepreneuriat féminin africain. Le Grand Prix Africain IAS de l’Entrepreneuriat Féminin, doté de cinq millions de francs CFA, sera décerné parmi des candidates issues de dix-huit pays africains. Plusieurs autres distinctions récompenseront également l’excellence, l’entrepreneuriat social, l’audace féminine et des personnalités ayant contribué au développement économique du continent.
À travers cette deuxième édition, le Salon International de l’Entrepreneuriat Féminin affirme ainsi une conviction forte : l’avenir de l’entrepreneuriat féminin en Afrique ne se construira pas seulement avec davantage de financements ou de politiques publiques, mais aussi avec une meilleure compréhension des risques qui façonnent déjà l’économie de demain.
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