Par la Rédaction

Lancée ce jeudi à Lomé, la troisième phase du projet « Ma Santé, Mon École » (MSME) ambitionne d’ancrer durablement les pratiques de santé scolaire au sein de dix-neuf établissements du Grand Lomé d’ici juillet 2029. Cette nouvelle étape vise également à transférer progressivement les compétences aux autorités éducatives afin de permettre aux écoles de poursuivre ces actions de manière autonome.
Prévue pour la période d’août 2026 à juillet 2029, cette phase couvre seize établissements déjà accompagnés lors des précédentes interventions et intègre trois nouvelles écoles dites « témoins ». Ces dernières serviront de modèles pour démontrer la réplicabilité de l’approche dans d’autres établissements scolaires. Ainsi, le projet ne cherche pas seulement à élargir son champ d’intervention, mais également à institutionnaliser l’approche d’auto-organisation des élèves des thématiques de santé en milieu scolaire déjà mis en place.

Cofinancé par La Chaîne de l’Espoir et l’Agence Française de Développement (AFD), l’AB CFAO et la fondation IPSOS, le projet est mis en œuvre en partenariat avec le Ministère de l’Éducation Nationale, le Ministère de la Santé, de l’Hygiène publique, de la Couverture Sanitaire Universelle et des Assurances, ainsi que trois associations togolaises : Jeunesse et Avenir Togo (JAT), WASH Volunteers (WV) et l’Association Nyagbé (NGB).
Selon Serge Kouadio, Chef de mission de La Chaîne de l’Espoir Togo-Bénin, cette troisième phase vise avant tout à consolider les acquis, à assurer le transfert de compétences aux acteurs nationaux et à préparer le passage à l’échelle des interventions.
Les actions prévues porteront notamment sur la sensibilisation autour des différentes thématiques de santé scolaire, le renforcement des capacités des acteurs de la communauté éducative, l’expérimentation d’initiatives écoresponsables, l’identification et la prise en charge des pathologies susceptibles d’affecter les apprentissages, la réhabilitation des blocs de latrines, le jumelage avec des établissements scolaires français ainsi que la mise en œuvre d’actions de plaidoyer en faveur de la santé et du bien-être des élèves.
Cette nouvelle phase poursuit trois objectifs majeurs : renforcer les capacités des communautés scolaires à promouvoir un environnement sain et protecteur ; améliorer l’accès des élèves de maternelle 2 et du cours préparatoire à la prévention, à la détection et à la prise en charge précoce des pathologies susceptibles d’affecter les apprentissages ; promouvoir durablement les droits de l’enfant dans les pratiques éducatives et les politiques publiques.
Au-delà des interventions en milieu scolaire, la phase III ambitionne de renforcer durablement le système éducatif à travers un plaidoyer visant l’intégration, dans la formation initiale des enseignants des Écoles normales d’instituteurs (ENI), d’un curriculum englobant les huit thématiques du projet, notamment la détection précoce des troubles d’apprentissage.
Le projet adopte une approche intégrée de la santé scolaire couvrant plusieurs thématiques complémentaires : santé sexuelle et reproductive, prévention de la violence, eau, hygiène et assainissement, santé et hygiène menstruelles, développement des compétences d’expression orale, écrite et artistique, prévention de la consommation de substances psychoactives, détection précoce des troubles d’apprentissage et prévention des accidents domestiques.
« Notre objectif est de prendre en compte l’enfant dans sa globalité en lui offrant un environnement protecteur, favorable à sa santé, à son bien-être et à sa réussite scolaire », explique Serge Kouadio.
Mis en œuvre depuis janvier 2019 dans huit écoles publiques de Lomé, en pleine période de pandémie de Covid-19, le projet a connu une première phase allant jusqu’en mars 2022. La deuxième phase, déployée d’avril 2022 à août 2025, a permis d’étendre l’intervention à seize établissements scolaires.

Au cours de cette deuxième phase, plus de 21 000 élèves ont été sensibilisés aux questions liées à la non-violence, à la santé sexuelle et reproductive, ainsi qu’à l’eau, l’hygiène et l’assainissement. Des actions de dépistage ont également permis d’identifier précocement des troubles d’apprentissage, notamment des déficiences sensorielles, et d’orienter les enfants concernés vers une prise en charge adaptée. Le choix des établissements bénéficiaires repose sur les données statistiques du Ministère de l’Éducation nationale ainsi que sur les évaluations conduites avec les directions régionales de l’éducation et les inspections de l’enseignement.
Prenant la parole au nom du Ministère de l’Éducation Nationale, Koffi Séna Agbozoh, Doyen de l’Inspection Générale de l’Education, a salué l’engagement de La Chaîne de l’Espoir depuis 2019, rappelant qu’il s’inscrit pleinement dans la vision du gouvernement selon laquelle un enfant ne peut apprendre efficacement que dans un environnement sain et sécurisé. Il a également attiré l’attention sur la problématique croissante de la consommation de substances illicites dans certains établissements scolaires et exprimé le souhait de voir l’expérience du projet étendue à d’autres régions du pays.
Insistant sur le rôle déterminant des familles et des communautés, il a rappelé que la réussite des actions engagées dépend fortement de leur implication. « Quelle que soit la méthode proposée, il subsistera toujours des insuffisances sans la bonne volonté et l’engagement effectif des parents et des communautés », a-t-il déclaré.
Il a par ailleurs invité les chefferies traditionnelles, les comités de développement de quartier (CDQ), les collectivités locales à contribuer activement à la préservation des infrastructures réalisées. Évoquant notamment les installations sanitaires construites dans les écoles, il a souligné la nécessité de leur entretien et de leur utilisation responsable afin de préserver la santé des élèves et d’assurer la durabilité des investissements consentis.
Au-delà du Grand Lomé, La Chaîne de l’Espoir nourrit l’ambition de diffuser cette expérience dans d’autres régions du pays. Les ressources se raréfient et nous sommes actuellement à la recherche de nouveaux financements pour étendre le projet au-delà du Grand Lomé, a indiqué Serge Kouadio.

Déjà active dans la région de la Kara à travers un autre projet, l’organisation entend capitaliser sur l’expérience acquise afin de développer des initiatives similaires dans d’autres localités.
Cette ambition trouve sa justification dans les défis persistants du système éducatif. Bien que le taux de redoublement au primaire soit passé de 7,6 % à 3,9 % entre les années scolaires 2015-2016 et 2021-2022, de nombreux obstacles continuent d’affecter les apprentissages. Parmi eux figurent les mauvaises pratiques en matière d’hygiène et d’assainissement, les violences en milieu scolaire, les problèmes liés à la santé sexuelle et reproductive ainsi que la consommation de substances psychoactives, autant de facteurs susceptibles d’accroître l’absentéisme et les difficultés scolaires.
La phase III du projet MSME se veut ainsi une réponse durable à ces enjeux, en plaçant l’enfant au centre d’une approche intégrée de promotion de la santé, de protection et de réussite éducative.

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