Par la Rédaction
Au Togo, la consommation de substances psychoactives est devenue un véritable défi de santé publique. Elle touche particulièrement les jeunes et entraîne des conséquences sur la santé, les familles, les communautés ainsi que le développement socioéconomique du pays. À l’occasion de la Journée internationale de lutte contre l’abus et le trafic illicite de drogue, célébrée sous le thème « Le problème mondial de la drogue : problèmes persistants, nouveaux défis, réponses innovantes », l’ONG Recherche Action Prévention Accompagnement des Addictions (RAPAA) réaffirme son engagement en faveur de la prévention, de la réduction des risques et de l’accompagnement des personnes confrontées aux addictions.
L’organisation a organisé, le 1er juillet 2026 à Lomé, une conférence de presse réunissant les professionnels des médias, les acteurs institutionnels, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile engagées dans la lutte contre les addictions. L’objectif était de dresser un état des lieux de la situation nationale, de présenter les résultats obtenus sur le terrain et de réfléchir aux réponses les plus adaptées face à un phénomène qui ne cesse d’évoluer.
En collaboration avec le Comité National Anti-Drogue (CNAD), le Programme National des Addictions aux Produits Psychoactifs (PNAPP) et plusieurs partenaires, l’ONG œuvre à construire une réponse coordonnée associant prévention, prise en charge médicale, recherche et sensibilisation.

Des chiffres qui interpellent
Les données présentées lors de la conférence illustrent l’ampleur du phénomène au Togo. Selon les statistiques du West African Epidemiology Network on Drug Use (WENDU), présenté par Dr Mazamesso Tchonda, chargée de la prévention au Comité National Anti-Drogue (CNAD), 1 885 personnes ont été suivies en 2024 pour des problèmes liés aux addictions.
L’alcool demeure la substance la plus consommée (55,4 % des cas), suivi du cannabis (30,1 %). Les personnes âgées de 20 à 44 ans constituent la tranche d’âge la plus exposée, tandis que les spécialistes observent une progression de la polyconsommation, signe d’une évolution des comportements addictifs.
Plus préoccupant encore, l’âge moyen de la première consommation est estimé à seulement 12 ans, révélant une exposition de plus en plus précoce des enfants et des adolescents aux substances psychoactives. Ces données renforcent l’urgence d’investir davantage dans la prévention en milieu scolaire, familial et communautaire.
La chargée de la prévention au Comité National Anti-Drogue (CNAD), insiste sur la nécessité d’impliquer davantage les communautés.
« Malgré les efforts engagés, nous constatons que beaucoup de personnes ne connaissent toujours pas les signes d’alerte précoces. Elles sollicitent de l’aide trop tard. Il y a du travail qui est fait, mais ce n’est pas encore suffisant. Nous sommes en train de multiplier les efforts et nous sollicitons l’aide de toute la population afin que ce fléau puisse être maîtrisé. »
Des défis qui évoluent plus vite que le phénomène
Malgré les progrès réalisés ces dernières années, RAPAA estime que la lutte contre les addictions doit constamment s’adapter. « Malgré les avancées enregistrées dans la prévention et l’accompagnement des addictions, des défis continuent d’exiger une intensification des actions et une mobilisation accrue », souligne l’organisation.
L’apparition de nouvelles substances psychoactives, l’évolution rapide des modes de consommation, l’influence grandissante des technologies numériques et la vulnérabilité croissante des jeunes face aux difficultés sociales et économiques imposent de repenser les stratégies de prévention et de prise en charge.
Pour la vice-présidente de RAPAA, Mme KAMA-DJONNA Akoura, cette adaptation permanente est devenue indispensable.
« Nous constatons que la lutte est immense. Nous faisons des efforts, mais nous ne sentons pas le phénomène se résorber. Comme l’ont recommandé les Nations Unies, nous devons constamment évoluer, parce que le phénomène grandit, les produits varient et les usages changent également. C’est comme si nous courions derrière quelque chose qui nous dépasse. Il est donc indispensable d’adapter en permanence nos stratégies de prévention, d’accompagnement et de prise en charge. »
Pour RAPAA, la réponse passe notamment par une meilleure connaissance du phénomène grâce à la recherche, l’utilisation des technologies numériques, le renforcement des actions communautaires et une coordination accrue entre les acteurs de la santé, de l’éducation, de la justice et de la société civile.

Nécessité de renforcer la prise en charge
Les chiffres de la prise en charge montrent que le défi reste important. En 2024, 59,7 % des personnes suivies étaient de nouveaux cas, preuve que les addictions continuent de gagner du terrain. Les spécialistes relèvent également que les premières consommations interviennent souvent avant l’âge de 14 ans.
Dans la majorité des situations, ce sont les familles ou les proches qui orientent les personnes concernées vers les structures spécialisées. Les données révèlent aussi que 79 % des consommations recensées se font par voie orale. Malgré cela, le recours aux consultations médicales demeure encore insuffisant, notamment en raison de la stigmatisation et des croyances qui retardent la demande de soins.
Pour le Dr Bomboma Matièyédou, représentant du Programme National des Addictions aux Produits Psychoactifs (PNAPP), les efforts engagés commencent toutefois à produire des résultats.
« Notre priorité est d’empêcher les premières consommations grâce à la prévention. Mais lorsque la consommation devient problématique, il faut permettre aux personnes d’accéder rapidement aux soins. Aujourd’hui, nous constatons que de plus en plus de personnes viennent demander de l’aide. Cela montre que, malgré les défis, nos stratégies commencent à porter leurs fruits. »
Selon lui, le défi consiste désormais à renforcer simultanément la prévention, le dépistage précoce, l’accès aux soins spécialisés et la réinsertion sociale des personnes concernées.
RAPAA rappelle que la lutte contre l’abus et le trafic illicite de drogue est une responsabilité collective. Familles, écoles, collectivités territoriales, organisations de la société civile, autorités publiques, partenaires techniques et médias sont appelés à unir leurs efforts pour mieux protéger les populations, en particulier les jeunes.
Au-delà des actions de prévention et de prise en charge, RAPAA souligne également le rôle déterminant des médias dans la diffusion d’une information responsable, la sensibilisation des populations et la lutte contre la stigmatisation des personnes vivant avec une addiction.
Pour la circonstance, l’ONG lance un appel à une mobilisation durable de tous les acteurs. Face à des défis qui évoluent sans cesse, seule une action concertée, fondée sur la prévention, l’innovation et la solidarité, permettra de protéger les jeunes générations et de bâtir une société plus saine, plus sûre et plus résiliente.

Dix ans d’engagement au service de la prévention
Depuis plus de dix ans, RAPAA mène un travail de proximité auprès des communautés togolaises. Prévention, sensibilisation, réduction des risques, accompagnement psychosocial, réinsertion et plaidoyer constituent les principaux axes de son action.
« face à ces constats préoccupants, l’ONG RAPAA s’investit depuis plus de 10 ans pour limiter l’apparition de nouveaux cas de consommation, réduire les risques liés à l’usage des substances et accompagner les personnes confrontées aux problèmes d’addiction », rappelle l’organisation dans son communiqué.
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